Avec Curious Black Sheep, Geoffrey Croux (Epitech promo 2015) veut révolutionner l’achat de vêtements

Comment acheter des habits sans soutenir des pratiques contraires à ses valeurs ? Geoffrey Croux (Epitech promo 2015) cherche justement à répondre à cette question moins évidente qu’il n’y paraît. En développant le projet Curious Black Sheep, ce diplômé du Programme Grande École souhaite permettre aux consommateurs d’enfin connaître l’impact réel des vêtements qu’ils achètent. Une aventure tech entrepreneuriale qui pourrait bien changer votre façon d’acheter un jean.

Geoffrey, un ancien d’Epitech bien décidé à changer notre façon d’acheter des vêtement

Une start-up née d’une remise en question de nos habitudes d’achat

La prise de conscience environnementale de Geoffrey n’a pas commencé dans les rayons d’une boutique branchée, mais dans son assiette. Circuits courts, compréhension des labels existants… sa curiosité naturelle l’a simplement poussé à vouloir mesurer concrètement l’impact de ses habitudes alimentaires sur l’environnement. « J’ai d’abord voulu comprendre ce qu’étaient l’agriculture biologique, l’agroforesterie et, plus généralement, ce qu’impliquaient mes choix de consommation… », raconte-t-il. Le début d’une remise en question bien plus profonde.

L’emménagement dans un nouvel appartement va renforcer ce besoin de traçabilité. Pour changer de réfrigérateur, Geoffrey mène par exemple une véritable étude de marché sur son temps libre, pendant presque deux ans : une durée nécessaire pour réunir toutes les informations sur la réparabilité de l’appareil ou l’origine de ses pièces, choisir un modèle assemblé dans un pays de l’Union européenne et, surtout, se convaincre que chaque achat entretient un véritable pacte social. « Tout achat devrait idéalement pouvoir avoir un impact positif sur l’économie locale, faire vivre les gens proches de soi et ainsi contribuer à la société, celle qu’ont permis de bâtir nos parents, nos grands-parents, etc. » Cette conviction pose les bases de ce que sera alors Curious Black Sheep.

Donner enfin une information fiable au consommateur pour guider son choix

Plutôt que le mobilier ou l’électroménager, ce membre de la communauté alumni choisit de mettre son savoir-faire et ses compétences techniques au service de l’univers du textile. Pour une raison simple : les vêtements sont renouvelés beaucoup plus fréquemment qu’un frigo. « Quand j’achète mon réfrigérateur, je l’ai pour 20 ou 30 ans. Un slip, des chaussettes, un t-shirt, ça se renouvelle régulièrement. » Les sous-vêtements comme pivot d’un business model durable : voilà un angle qu’on ne voit pas tous les jours dans les pitchs de start-up. C’est d’ailleurs « ce qu’on ne voit pas » qui motive Geoffrey, dont le projet va à l’encontre de la tendance Fast Fashion que beaucoup considèrent comme un désastre écologique.

Loin de se contenter des slogans marketing et du greenwashing, le doer s’est mis en tête d’accéder au « coût brut des externalités de production » d’un vêtement à travers « l’impact environnemental, économique et social de sa fabrication », depuis la matière première jusqu’à sa fin de vie, en passant par la filature, le tricot, la confection, la durabilité et la capacité à entrer dans l’économie circulaire. « Je veux pouvoir m’assurer que les choix de consommation de vêtements que je fais ne contribuent pas à quelque chose que je condamne. » Sauf que, selon ses propres recherches, moins de 1 % des vêtements mis en marché dans l’Union européenne disposent aujourd’hui de données suffisantes pour mesurer cet impact. « L’information n’existe tout simplement pas, parfois même la marque ne la possède pas ».

Un défi qui ne peut que stimuler Geoffrey : conscient de la tâche qui l’attend, il quitte son poste d’ingénieur chez Thales pour se consacrer à temps plein à cette quête de transparence vestimentaire. L’entrepreneur imagine alors Curious Black Sheep comme un moyen d’évaluer chaque habit individuellement. Une sorte de « Yuka du vêtement » dont l’approche le distingue toutefois des outils qui évaluent une marque avec une moyenne globale –« une marque peut vendre un t-shirt vertueux… et un jean catastrophique. Et cela, la moyenne ne vous le dira jamais. »

Chercher, chercher et chercher pour trouver par soi-même : un air d’Epitech

Depuis ses premiers pas en 2023, le projet évolue, progresse, s’adapte. En 2026, il prend désormais la forme d’un troisième prototype : une plateforme d’information qui sélectionne des vêtements pour lesquels il est en mesure d’obtenir suffisamment de données de traçabilité et d’impact.

Pour mettre la main sur des informations aussi rares, Geoffrey a une méthode qui colle parfaitement à l’esprit Epitech : il fait ce que personne d’autre ne fait, sans jamais rien lâcher. « Je suis comme un enquêteur. Je cherche longtemps, j’embête les gens si nécessaire », confie-t-il. Il fouille les structures légales d’entreprises, épluche les comptes de résultat, traque les podcasts où un dirigeant lâcherait une info potentiellement exploitable… Et quand il repère un vêtement méritant d’être mis en lumière, il l’achète pour tester lui-même sa durabilité dans la vraie vie. Une démarche méticuleuse qui tient autant de l’enquête journalistique que du contrôle qualité.

Pour systématiser tout ça, il intègre Ecobalyse, l’outil d’évaluation environnementale de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) qui permet de générer des indicateurs d’impact à partir d’un nombre limité de données primaires. Une façon de s’affranchir de la dépendance aux seules (et maigres) données distillées par les marques.

Incubation, MVP et projet de jumeau numérique : Curious Black Sheep accélère

La prochaine étape de Curious Black Sheep prendra la forme d’un Minimum Viable Product (MVP) de sa plateforme, attendu pour le mois de septembre. Celle-ci doit présenter au moins un vêtement homme et un vêtement femme, accompagnés de leur traçabilité et de seize indicateurs d’impact issus de travaux réglementaires français et européens. Cette échéance coïncide avec une autre avancée majeure : la start-up vient d’être sélectionnée par Bpifrance (la banque publique d’investissement française) et la French Tech Grand Paris pour intégrer le programme French Tech Tremplin Incubation ainsi que l’incubateur L’Escalator à Levallois-Perret. De quoi motiver encore plus l’entrepreneur qui, en parallèle, travaille sur un outil complémentaire particulièrement ambitieux…

Inscrit sur une technologie de registre distribué (une blockchain), le « jumeau numérique » du vêtement sur lequel planche Geoffrey a un objectif : « assurer que l’information est inaltérable, infalsifiable, immuable ». De quoi renforcer la crédibilité de Curious Black Sheep et changer la donne sur le marché de l’occasion. En effet, ce jumeau numérique accompagnera le vêtement toute sa vie, y compris lors de sa revente de particulier à particulier. « La personne qui va acheter ce vêtement en seconde main va pouvoir accéder à la même information que lorsqu’il a été acheté en première main. » En clair : votre futur acheteur sur Vinted pourra savoir exactement dans quelles conditions votre sweat a été fabriqué. Et mécaniquement, les vêtements à mauvaise empreinte seront de moins en moins attractifs, en première comme en seconde main, ce qui finira par peser sur les choix de mode de production. Un mécanisme de marché vertueux, pilotable via la data.

Avec Curious Black Sheep, Geoffrey Croux (Epitech promo 2015) veut révolutionner l’achat de vêtements
Un aperçu du MPV à venir de Curious Black Sheep

Débuter en solo pour ensuite constituer une équipe et rêver plus grand

Si Geoffrey a démarré Curious Black Sheep en solo, avec ses idées et ses idéaux, il avance accompagné à présent. Deux actionnaires se sont joints à lui tandis que la start-up a déjà pu bénéficier de deux financements non-dilutifs – un premier avec le soutien du groupe Thales, son ancien employeur, puis un second plus récemment via Bpifrance – avant de viser une levée de fonds pour courant 2027.

Au quotidien, il poursuit le développement du projet et, selon les défis qu’il rencontre, s’entoure de stagiaires, de prestataires… même si, ADN d’Epitech oblige, il a toujours en lui la tentation de sortir de sa zone de confort. « Quand je ne sais pas faire une chose, j’essaie souvent d’apprendre par moi-même pour y parvenir et avoir un point de départ pour ensuite m’améliorer, assure l’entrepreneur qui, malgré ses airs de mouton à cinq pattes, cherche tout de même à constituer une équipe de 4 à 8 personnes. Mais je sais aussi quand devoir m’appuyer sur d’autres personnes, plus compétentes dans leurs domaines. Je serais incapable de faire tout, tout seul, sur un projet aussi exigeant que Curious Black Sheep ! »  

Cette capacité à apprendre, expérimenter, itérer et fédérer autour d’un projet complexe rappelle une qualité souvent associée aux 16 % d’entrepreneurs issus d’Epitech : transformer une problématique concrète en solution technologique, puis la confronter au réel jusqu’à trouver son marché. Bien qu’encore jeune, Curious Black Sheep en est un bel exemple. Entre transparence textile, économie circulaire, blockchain et consommation responsable, il dessine déjà un territoire original où la mode rencontre la tech, pour le meilleur.

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