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04.05.21

« L’ensemble du savoir est dans nos mains » : Jean-Baptiste Kempf, CTO de Shadow et président de VideoLAN

Chaque année, Epitech Experience est « le rendez-vous de l’innovation ». Lors de sa 15ᵉ édition, de nombreuses interventions de professionnels et experts sur des thématiques très ancrées dans l’actualité du digital et de l’innovation étaient organisées, dont plusieurs keynotes dédiées à l’impact social des technologies. Jean-Baptiste Kempf, CTO de Shadow et président de VideoLAN, animait l’une d’elle.

VLC, projet étudiant devenu succès mondial

« Je suis président de VideoLAN, et un des développeurs de VLC. VLC est un logiciel développé par des étudiants qui avaient le même âge que ceux d’Epitech, et qui ont fait d’un petit logiciel open source un des logiciels les plus utilisés dans le monde. VLC, c’est environ 500 millions de personnes qui l’utilisent au moins une fois par semaine sur Windows, sous Linux ou Mac, sous Android, sur des téléphones… C’est un logiciel qui est incroyable, et pourtant il a été commencé par des étudiants qui n’avaient aucune idée de ce qu’ils faisaient, et c’est exactement le genre de projet que font les étudiants d’Epitech avec les EIP. »

« Aujourd’hui, nous passons notre journée devant des ordinateurs qui s’appellent « l’ordinateur », « le téléphone », « télé » ou même « machine à laver ». La plupart de tout ce que l’on fait est connecté : nos boulots, les jeux, la musique, parler avec ses amis… Moi, je viens de la dernière génération qui n’a pas eu ça : quand tu écoutais de la musique, tu faisais écouter de la musique avec un lecteur cd, les jeux vidéo étaient très faibles et surtout beaucoup de choses étaient encore manuelles. J’ai vécu dans cette transition, et j’ai eu la chance d’être dans cette génération qui nous permet de comprendre la technologie. Aujourd’hui, c’est dans nos vies tous les jours au quotidien, et ça pose des problèmes tout en proposant des solutions ».

Les « Anciens » contre les « Modernes »

« On se retrouve une fois de plus dans la querelle classique des « Anciens » contre les « Modernes » : C’est quoi le progrès ? Est ce que le progrès technologique et notamment informatique est une bonne chose pour la société ? ».

« Évidemment, il y a des débats qui sont très importants. On a notamment aujourd’hui les GAFAM et d’autres entreprises qui ont énormément de poids, énormément de capacités et d’impacts sur nos vies. Mais aujourd’hui, c’est la première fois que l’ensemble du savoir est dans nos mains : qu’on veuille coder, apprendre la thermodynamique quantique, faire des maths ou même apprendre la couture, c’est possible. Que ce soit des vidéos YouTube, Wikipédia, les plateformes en ligne d’e-learning… C’est facile de critiquer la technologie, mais les gens ne se rendent pas compte de cette capacité de savoir. »

« Globalement, si jamais on veut, on peut. Les étudiants sont capables aujourd’hui d’être dans une industrie qui change tout, sur tous les domaines, que ce soit évidemment l’informatique en soit, les ordinateurs, les programmes, mais aussi les taxis : il y a dix ans, il n’y avait pas Uber. On voit ces changements sur l’ensemble de la société ».

Améliorer le partage de connaissances

« Nous sommes capables, en utilisant notre formation, notre culture et la culture française, de contribuer et d’améliorer  le partage de connaissances. Le mouvement « open source » permet de travailler sur les sujets qui nous plaisent comme nous le souhaitons. Si vous êtes passionné de couture, vous pouvez même faire un logiciel de gestion de couture. C’est quelque chose qui existe, qui est utile et qui n’est pas juste de la connaissance  : c’est quelque chose qui va pouvoir, dans tous les domaines, améliorer le statut quo ».

« Le problème, […] c’est qu’on voit depuis 2005-2006,  avec le web 2.0, des grands groupes qui ont réussi à prendre un contrôle beaucoup trop important. Facebook, qui a eu des influences importantes sur les élections et la démocratie, et donc de la société, mais aussi de Google qui est absolument omniprésent et qui a eu tendance à twister le web pour son besoin personnel plutôt que pour le bien de l’humanité. C’est surtout gênant parce que l’on passe d’un monde d’opportunités à un monde de moins d’opportunités. Aujourd’hui c’est très difficile d’aller concurrencer Facebook ou Google, et énormément de start-up que j’encadre à Station F ont pour seul but de se faire racheter par ces groupes :  c’est un manque d’ambition, ça n’aide pas à améliorer la société ».

Imaginer une société meilleure

« Il est tout à fait possible d’avoir un monde sans Google et tout à fait possible d’avoir un monde sans Facebook. Spoiler : dans 20 ans le monde sera différent et c’est à vous d’être capable de le faire. C’est le mouvement de l’open source, de l’open data, de l’open culture en général, qui permettent aux gens de s’échanger des informations, d’avoir des échanges décentralisés ».

« On peut espérer que les nouvelles technologies qui sont décentralisées, qui sont différentes de celles qu’on a apprises, probablement avec plus d’éthique et plus de morale que la recherche du profit, vont pouvoir nous donner une société encore meilleure« .

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