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La transparence oui, mais jusqu'où ?

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Le thème du jour, « transparence versus données privées », est au centre des préoccupations du public et des médias depuis les révélations d'Edward Snowden si ce n'est l'affaire Wikileaks. Il l'est depuis longtemps parmi la communauté des informaticiens en herbe ou confirmés. Double raison pour expliquer le succès, auprès de la promo 2018, de cette deuxième journée de la piscine Moonshot.

Ceux qui savent

Il faut avouer que le plateau de ce mercredi 2 septembre rassemblait deux des plus éminents spécialistes de ces questions en France. D'une part, Jean-Marc Manach , journaliste d'investigation et auteur jusqu'à récemment du bien connu blog Bug Brother de même que du documentaire « Contre-histoire de l'Internet ». Son « Cash Investigation » sera diffusé le 21 septembre prochain sur France 2.
De l'autre, Tristan Nitot est le fondateur de Mozilla Europe, membre du Conseil National du Numérique et grand avocat d'un Internet libre. Il a récemment rejoint la start-up Cozy Cloud.

Réveil difficile

Premier intervenant, Jean-Marc Manach a clairement distingué un avant et un après Snowden : « Suite aux révélations d'Edward Snowden, on s'est réveillé avec une grosse "gueule de bois", ce qui a alimenté une paranoïa générale. Mais il faut bien faire la différence entre surveillance et espionnage. Il y a bien une surveillance de masse, pas un espionnage généralisé. La surveillance de masse vise à détecter en amont les comportements suspects ».

Surveillance et surveillance

« Il ne faut pas confondre cette surveillance de masse de la surveillance généralisée où tout le monde est suspect a priori. À l'autre bout de la chaîne, existe évidemment la surveillance individualisée qui s'exerce sur des particuliers pour menace terroriste, ce que l'on comprend très bien. »

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(de gauche à droite : Jean-Marc Manach et Tristan Nitot)

Paranoïa

« Avant les révélations Snowden, tient-il à souligner, des gens comme moi et Tristan étions brocardés, traités de paranoïaques (vous pouvez lire à ce propos son livre : "La vie privée, un problème de vieux cons ?", ndr)... Aujourd'hui beaucoup y versent alors que, de mon côté, je m'efforce de ne surtout pas y tomber. »

Fichiers et fichiers

« Internet est un outil de transparence, ce que font Google et Facebook ne sont pas intrusifs dans le sens où ils n'enregistrent par exemple pas les options politiques ou l'appartenance religieuse ou bien encore l'âge comme pour certains fichiers français (EDVIGE, ndr), à partir de 13 ans. »

US-984XN, petit nom de PRISM

« Il y a eu un fail (une "erreur") quand le scandale du programme PRISM a éclaté grâce à Snowden. Contrairement à ce qu'on a souvent dit, PRISM est en réalité un nom de code pour les services de renseignement américains qui leur fait demander à une unité du FBI de demander à son tour à une société telle que Goople, Apple, Facebook, Microsoft etc. une enquête sur des données. Or toute entreprise est tenue de collaborer avec la justice de son pays. 10 à 20 000 demandes par entreprise "seulement" auraient été adressées par an. »

Steven Spielberg

« Le problème n'est pas de se retrouver dans un monde à la Big Brother mais dans celui de Minority Report. Les utilisateurs doivent continuer à contrôler leurs machines, ce ne devrait jamais être l'inverse. » Ce constat est peut-être anxiogène pour certains mais ne constitue pas une surprise pour notre public étudiant très familier de ces problématiques. L'attention ne s'est surtout pas relâchée quand Tristan Nitot a pris la parole.

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La centralisation, la face moins connue du 2.0

Pour le fondateur de Mozilla Europe, « là où se situe le problème actuel, c'est au niveau des serveurs, où l'on a une hyper-concentration. Cet été, Facebook a enregistré sur une seule journée un milliard de connexions. Facebook comme les autres du Big Four (autre nom des GAFA, ndr) fonctionnent sur le modèle du SaaS et l'on se retrouve fondamentalement avec quelques grands silos qui concentrent beaucoup, beaucoup de données. »

Mystère et boule de gomme

« On fait tourner des logiciels qu'on ne connaît pas, sur des serveurs qu'on ne connaît pas et à qui on donne tout. Le tout, alors que l'éthique de ces entreprises n'est pas forcément au top et qu'on ne sait pas ce qu'ils en font. En tout cas, toutes ces architectures vont à l'inverse de la vieille logique du PC et de l'open source. »

L'horizon de la surveillance généralisée

« Cette concentration des données dans ces silos fait qu'économiquement, la surveillance de masse est maintenant possible. En tant que militant des libertés numériques et de la protection des données privées, je ne veux pas que la surveillance généralisée arrive. »

Un grand cirque, des petits SIRCUS

« Dès lors, il faut privilégier la développement des Systèmes d'Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS (SIRCUS). La start-up que j'ai rejointe propose par exemple un genre de cloud personnel, où le serveur est chez moi, le logiciel est open source et que je sais ce qu'il y a sur mon ordinateur. Cosy Cloud n'est pas la seule à proposer ces services, des Allemands par exemple le font très bien aussi : si on arrive à faire installer des millions de clouds personnels, on disperse les données qui ne sont plus centralisées en silos comme maintenant. »

La pharmacie du futur proche

« Le remède de base est toujours le même : la décentralisation. Puis l'utilisation de logiciels open source et évidemment, le chiffrement. À l'avenir les systèmes zero knowledge sur lesquels on travaille déjà promettent beaucoup... ».

Pile ou face

Tristan Nitot et Jean-Marc Manach ont tous les deux rappelé le même concept, lancé par Bernard Stiegler : Internet est un « pharmacon », à la fois un remède et un poison. La transparence est consubstantielle à Internet mais à trop forte dose, elle peut détruire ce qui en fai(sai)t l'essence.

  • Catégorie Pédagogie
  • Posté le 03/09/2015
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